Quel a été le déclic à l’origine de la création de La Voix du Livre, et quelle vision éditoriale guide aujourd’hui votre action à la tête de cette maison d’édition ?
La maison d editions La Voix du Livre est née d’un double constat : d’une part, l’extraordinaire richesse des voix littéraires camerounaises et africaines, souvent peu visibles ou insuffisamment accompagnées ; d’autre part, la nécessité de bâtir une maison d’édition qui ne se contente pas de produire des livres, d’agir en imprimeur, mais qui porte une parole, une pensée, une vision du monde et surtout qui donnent une voix à la jeunesse et crée une vie autour des œuvres publiées.
Le déclic a été cette conviction profonde que le livre reste un outil majeur de transformation individuelle et collective, d’éducation et de découvertes. Notre vision éditoriale repose aujourd’hui sur la valorisation des écritures engagées, ancrées dans les réalités humaines, technologiques ouvertes sur le monde, et capables de questionner, d’inspirer, d’éclairer d’éduquer et de transmettre. Nous défendons une édition exigeante, responsable et humaine.
Dans un pays à ressources limitées comme le Cameroun, quels sont les principaux défis structurels auxquels font face les maisons d’édition locales ?
Les défis sont multiples et structurels. Ils concernent principalement :
l’accès au financement,
le coût élevé de l’impression,
la faiblesse des circuits de distribution,
la fragilité du lectorat,
et l’insuffisance de politiques publiques structurantes pour le livre.
À cela s’ajoute un manque de professionnalisation dans certains segments de la chaîne du livre, souvent par contrainte plus que par choix. L’éditeur camerounais doit être à la fois entrepreneur, médiateur culturel, communicateur, distributeur et parfois même libraire.
La question du financement reste centrale. Quelles formes de subventions ou de mécanismes d’appui seraient les plus efficaces ?
Nous pensons que les mécanismes les plus efficaces seraient :
Des fonds publics dédiés au livre, accessibles de manière transparente ;

Des subventions ciblées à la publication et à la diffusion, notamment pour les ouvrages à forte valeur éducative ou culturelle ;
Des avantages fiscaux sur le papier, l’impression et l’importation de matériel ;
Et des partenariats public-privé favorisant l’investissement dans la chaîne du livre
Il ne s’agit pas d’assistanat, mais de création d’un écosystème viable dans lequel même les programmes , les associations et clubs de lecture sont encouragés et soutenus.
Comment jugez-vous l’environnement économique du livre au Cameroun ?
L’environnement reste fragile. Les coûts d’impression sont élevés, souvent dépendants de l’extérieur. La distribution est limitée géographiquement et structurellement. Quant à l’accès au lectorat, il est encore freiné par le pouvoir d’achat et la concurrence d’autres formes de loisirs.
Cependant, nous observons une prise de conscience progressive, notamment chez les jeunes, autour de la lecture, de l’écriture et de la production intellectuelle locale.
Face à la concurrence, comment La Voix du Livre se distingue-t-elle ?
Nous ne cherchons pas à publier beaucoup, mais à publier juste et utile. La Voix du Livre se distingue par :
une ligne éditoriale claire,
Une communication digitale efficace autour du livre,
un travail approfondi sur les manuscrits,
une attention particulière portée au fond autant qu’à la forme,
et une relation de confiance avec nos auteurs.
Notre ambition n’est pas la quantité, mais la portée et l’impact des œuvres publiées.
Quelle est la signature éditoriale de La Voix du Livre ?
Notre signature, c’est les écrits qui ont du sens. Nous publions des textes qui interrogent les réalités sociales, historiques, culturelles, technologiques, entrepreneuriales, spirituelles et humaines. Des œuvres qui ne fuient pas la complexité, les défis et vécus mais qui l’assument avec honnêteté et exigence.
Quelle place accordez-vous à l’accompagnement des auteurs ?
L’accompagnement est au cœur de notre politique éditoriale. Nous travaillons étroitement avec les auteurs, notamment les jeunes plumes, à travers :
l’édition approfondie des textes,
le conseil éditorial,
et l’accompagnement à la diffusion et à la promotion, l’organisation des activités visant à booster la visibilité de leurs œuvres.
Nous croyons que publier un auteur, c’est aussi investir dans son parcours, créer une voie claire pour sa carrière professionnelle.

Le numérique est-il une opportunité ou un défi ?
Les deux. Le numérique offre des opportunités réelles en matière de visibilité, de diffusion, d’impression à la demande et vente. Mais il pose aussi des défis liés à la piraterie, à l’accès aux outils et à la structuration des plateformes locales.
Nous pensons que le numérique doit être intégré de manière stratégique, complémentaire au livre papier.
Quels rapports entretenez-vous avec les libraires, bibliothèques et établissements scolaires ?
Ces acteurs sont essentiels. Nous cherchons à bâtir des partenariats durables avec les librairies, les bibliothèques et le milieu éducatif, car ils sont les premiers relais du livre auprès du public, les premiers lecteurs. Leur implication conditionne largement la circulation des œuvres.
Qu’attendez-vous de l’État camerounais ?
Nous attendons une véritable politique nationale du livre, incluant :
Un cadre fiscal incitatif,
Un soutien à la création et à la diffusion,
et une promotion active de la lecture, notamment en milieu scolaire et dans les centres culturels,
Le livre doit être considéré comme un bien stratégique, pour instruire la jeunesse, bâtir la nation, pas comme un produit de luxe, restreint.
Le livre peut-il être un levier de développement culturel et économique ?
Absolument. Le livre crée de l’emploi, structure la pensée, renforce l’identité culturelle et participe à l’économie créative. Il participe au développement cognitif de l’homme quand le choix des lectures est bien fait.Mais cela suppose un écosystème organisé, des lecteurs formés et des acteurs soutenus.
Quel message adressez-vous aux jeunes Camerounais qui veulent se lancer dans les métiers du livre ?
Je leur dirais que le chemin est exigeant, mais nécessaire. Le livre a besoin de passion, de rigueur et de vision. Malgré les contraintes, il est possible de bâtir des projets solides si l’on croit profondément à la valeur de la culture, du développement et du savoir.
Le Cameroun a besoin de bâtisseurs de sens. Le livre en fait partie.
Nadine FOUEJEU, CEO des éditions La voix du livre. Jefferson Z. Redacteur en chef du quotidien Emergence .
